La Wilaya IV            الولاية الرابعة التاريخية

 

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Documents

 

- Objectifs révolutionnaires,

in El-Moudjahid, août 1957

- Hassan IV, in Jeune Afrique, 1962

- Massu, Le Torrent et la digue (extraits)

- La vie en Wilaya IV

- Bougara: une plume subtile

 

 

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C est un des deux ou trois  hommes  qui détient le plus de pouvoir dans l'Algérie d'aujourd'hui. Il est chef de la wilaya 4, et on l'appelle Si Hassan.

Les journalistes, pour le distinguer du Roi du Maroc (Hassan II), du responsable Politique de la Wilaya 3 (Hassan III), l'ont surnommé Hassan IV.

Ni Si Hassan, ni Hassan IV. En fait, il s'appelle Youcef Khatib, et depuis trois mois, il a, avec le grade de colonel, une autorité incontes­tée sur l'ensemble de l'Algérois. De­puis lundi dernier, il contrôle aussi la ville d'Alger. En tout, près de deux millions d'habitants. Youcef a 28 ans.

Ni Lénine ni Cbeikh Arsian

Un regard sérieux, des yeux gris vert, bref de taille, le poil dru et court, solidement planté au-dessus d'un visage ferme, Si Hassan (les manuels d'histoire garderont ce nom) n'a connu que deux étapes dans sa vie: les études et le maquis.

En 1956, il avait 22 ans. Il achevait sa deuxième année de méde­cine à la Faculté d'Alger. Son père, comme lui, est né à Orléansville et a exercé les fonctions de commis dans la commune mixte. Le jeune Youcef était doué, il fallait en fai­re quelqu'un,

Après ses études primaires, Youcef Khatib obtint une bourse qui le mena calmement  jusqu'à son baccalauréat: Il  venait d'achever son cycle d'études secondaires lorsque, avec le 1er novembre, l'Algérie choisit son destin.

L'insurrection ne bouleversa pas la vie du jeune étudiant. Il ne s’é­tait jamais préoccupé de politi­que comme on dit. Il n'avait lu ni Lénine ni Marx ni Cheikh Ars­lan. Pour lui, ce monde-là n'existait pas et il demeurait polarisé sur ses études. En juin 1956, il réussit à son examen, commença à prendre ses vacances en attendant la rentrée prochaine. Mais au cours de cet été là, les chefs du FLN s'étaient réu­nis quelque part dans la vallée de la Soumm et avaient pris, pour lui, des décisions qui allaient transformer toute son existence.

Grève  des  études décidée par l'UGEMA, entrée en masse des é­lèves et des étudiants dans le ma­quis: Youcef Khatib, comme tout le monde, en fut. Youcef Khatib était devenu Si Hassan.

Le maquis, il le prit dans sa ré­gion, autour d'Orléansville, sur les montagnes boisées de l'Ouarsenis. La willaya 4 cherchait alors à uti­liser les compétences:  Vous faites de la médecine? Très bien, vous se­rez médecin»,

Et brusquement, le jeune étu­diant de 22 ans, qui avait à peine observé, de loin, quelques malades à l'hôpital Mustapha derrière ses maîtres, fut appelé à traiter les blessures les plus graves. Sur le tas, il apprit à faire des amputations, à extraire du tréfonds d'une  chair meurtrie les balles de l’ennemi. De temps en temps, lorsqu’il en avait le temps, il jetait des coups d’œil hâtifs sur les manuels, mais le plus souvent, il travaillait d’instinct, muni de quelques règles qu’on lui avait enseignées et d’un bon sens qu’on est bien obligé d’acquérir lorsqu’on est obligé de se battre dix, vingt fois par jour contre la mort des autres.

Alger ou le Paradis

Rapidement, Si Hassan monta dans la hiérarchie de la section sanitaire de la willaya 4. Responsabe d'infirmerie,  d'hôpital,  chef  des services sanitaires de la région, puis de la zone d'Orléansville.  Enfin, avec le titre de responsable sanitai­re de la willaya 4 qu'il obtint en 1959, Si Hassan  crut qu'il avait achevé son ascension dans la révolution. La guerre allait se terminer, et il pourrait enfin reprendre ses études. Mais la paix tarde. Challe entreprend ses grandes opérations à travers  toute l'Algérie, Hassan connaîtra pour sa part l'opération « Couronne »

C'est alors que l'A'LN doit subir la plus terrible épreuve qu'ait con­nue un maquis. Les uns après les au­tres, tous les chefs sont tués ou se réfugient à l'extérieur. Si Hassan, lui, demeurera à son poste. Lorsqu'il quittait ses amis, il leur donnait rendez-vous à « Alger, ou au Para­dis».

L'aventure, pour lui, s'est terminée à Alger, mais il y a peu de frères au rendez-vous. Si Hassan se retrouve sur les hauteurs de la capitale, avec son conseil de Wilaya composé de quatre personnes : Mohamed Bousmaha, -que les militaires français ont appelé « le tueur de Médéa » (23 ans, première partie du bac), les Commandants Youcef (28 ans, certificat d'études), Lakhdar (24 ans, instruction arabe élémentaire), Omar (23 ans, première partie du bac). Ce gouvernement de l'Algérois a une moyenne d'âge de 25 ans et cinq mois. Ses cinq membres n'ont connu le combat que sur le terrain . Ils sont colonels ou commandants, mais ils sont bien moins militaire, que des chefs Scouts de leur âge.

Bien sûr, ils portent le revolver sur la hanche droite, ils manient la mitraillette avec une habileté effarante, mais on est surpris de constater combien ils sont peu attachés à ces instruments qui les ont suivis depuis des années.

Retour à la médecine

Si Hassan veut redevenir l'étu­diant Youcef Khatib. Dans deux ou trois mois, il pourrait être ministre des Affaires Etrangères. Il le sait peut-être, mais il ne veut pas en entendre parler. « Moi, dit-il, gouverner des hommes ne m’intéresse guère. J’avais un devoir, je l’ai fait en y mettant le meilleur de ce que je possèd,e mais aujourd'hui nous sommes arrivés au but que nous nous étions fixé, l'Al­gérie est indépendante, qu'elle pren­ne en mains ses responsabilités. Je retourne à ma médecine »

Si Hassan a été atterré de voir les divisions du FLN se manifester avec tant de virulence. Il savait bien qu'à l'extérieur, quelques querelles alté­raient l'atmosphère autour du GPRA. Mais il était bien sûr que les res­ponsabilités  du  pouvoir  étein­draient ces échauffements au sein de la direction.

Son rôle devint de plus en plus important au fur et à mesure que l'issue du conflit se rapprochait. Si Hassan se refusait à choisir entre Ben Bella et Boudiaf. Il entendait d’autant moins faire telle ou telle autre option en matière politique que lui-même considérait que les organismes réguliers du pays devaient seuls se réserver cette fonction

Au cours de la crise, sa wilaya était considérée comme neutraliste. Lui-même n’aimait pas beaucoup ce qualificatif. Il disait simplement : « -Nous faisons tout ce que nous pouvons pour que l’accortd se fasse ».

Et l’accord s’est fait.

HASSAN IV

Article de Jeune Afrique, 1962