La Wilaya IV            الولاية الرابعة التاريخية

 

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- Objectifs révolutionnaires,

in El-Moudjahid, août 1957

- Hassan IV, in Jeune Afrique, 1962

- Massu, Le Torrent et la digue (extraits)

- La vie en Wilaya IV

- Bougara: une plume subtile

 

 

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La  Wilaya VI après le congrès de la Soummam

Au déclenchement de la lutte armée, le 1er novembre 1954, l'Algérie fut découpée en cinq zones qui devinrent, à la suite du Congrès de la Soummam, des wilayate. Par décision de ce même Congrès, le Sahara devint une entité portant l'appellation de wilaya 6 et Si Chérif (Ali Mellali) fut nommé Colonel, commandant de cette wilaya. Ce dernier, à son retour, avait un programme bien arrêté, conçu pour donner un nouvel élan à cette jeune wilaya. Ce programme comportait un certain nombre de priorités parmi lesquelles figurait le problème des groupes MNA (Messalistes); les unités de cette formation contre-révolutionnaire éludaient tout contact avec l'ALN, mais dès que cette dernière avait le dos tourné, elles se rabattaient sur la population acquise à la cause, effectuant des pillages et des exactions de tous genres.

Un des chefs de ces groupes, un certain Abdelhamid, se dressa un jour sur le toit d'un gourbi et cria à la population terrorisée : "Dieu est le maître au ciel et moi sur terre". C'était le genre d'écho désespéré qui parvenait à l'ALN d'une population qui nous était acquise et qui préférait avoir affaire aux troupes coloniales qu'à cette espèce d'individus.

Le colonel Si Chérif réunit le gros de son effectif et l'envoya au Sud pour y installer les structures ALN et réduire le domaine MNA. Cette expédition, qui eut lieu fin décembre 1956, se fit avec trois compagnies composées au total de 375 hommes. L'état-major qui commandait ce bataillon était composé du commandant Abderrahmane Djouadi, du capitaine dit "Rouget", du lieutenant Chérif Bensaïdi.

Dans sa poursuite des groupes MNA qui fuyaient toujours le contact, ce bataillon tomba sur les troupes françaises à Had-Essahari à quelques kilomètres au nord de la ville de Djelfa.

Il y eut donc un engagement qui se traduisit par trois grands accrochages étalés sur une période de quatre jours, aux environs de la mi-janvier 1957. Le bataillon s’en tira avec 84 moudjahidine tombés au champ d'honneur. Du côté de l'adversaire, les pertes étaient, disait-on, très élevées. Le bataillon épuisé et à court de munitions put finalement décrocher le soir du quatrième jour et se replier au Nord vers sa base d'origine. Il convient de souligner que l'armement dont disposait à l’époque ce bataillon en particulier, et la wilaya 6 en général, était pour le moins vétuste et composé en majeure partie de fusils de chasse à percussion centrale ou à broches.

C'était, pour ainsi dire, plutôt des reliques dignes d'un musée. En outre, le terrain sur lequel eurent lieu les trois accrochages n'avait rien d'un maquis. Les accrochages, très souvent imposés par l'armée française, n'étaient généralement pas à l'avantage de l'ALN, ni du point de vue humain, ni du point de vue matériel. Ils avaient toujours lieu dans un contexte de guerre classique mais à armes et en nombre inégaux.

L'arrivée, fin 1956-début 1957, de jeunes cadres dont la plupart étaient des lycéens venus des villes et surtout d'Alger, permit de renflouer les structures de base, rendant possible la structuration des zones de la wilaya 6 selon une organisation type édictée par le Congrès de la Soummam. Le colonel Si Chérif confia alors au commandant Abderrahmane Djouadi la tâche de mettre sur pied la zone I celle de Sour El-Ghozlane, et désigna le capitaine Rouget à la tête de la zone Il, celle de Ksar El-Boukhari. Ce dernier arriva début mars 1957 à la zone, accompagné d'une section (35 hommes environ). C'était d'ailleurs la seule unité armée que nous avions dans toute la zone deux à l'époque.

Le capitaine Rouget me fit part, dès son arrivée, que je passais du grade d'aspirant politique à celui de lieutenant politique et ainsi je me trouvai dans une position où je devenais son adjoint.

En cette même période, le colonel Si Chérif ayant été avisé par le commandement central qu'un lot d'armes qui lui était destiné avait quitté le Maroc, via la Wilaya V, il réunit alors l’effectif de trois compagnies pour aller à la rencontre des armes, en wilaya V. Il attachai un grand intérêt à ces armes qui nous faisaient alors sérieusement défaut. Aussi il confia chacune des trois compagnies à un officier. Il chargea le lieutenant Mustapha Ben Amar de la première, le capitaine Abdelazziz de la seconde et le lieutenant Chérif Bensaidi de la troisième (en fait, ce dernier était à la tête de la troisième compagnie depuis plusieurs mois). Vers le début du mois de mars, les trois compagnies prirent le départ en direction de l'ouest, vers la wilaya V. Quant au colonel Si chérif, il se mit également en route pour aller à la rencontre du lieutenant Bakhti, à la frontière de la wilaya V et faire avec lui le point des armes à réceptionner et fixer les modalités de leur transfert.

Naissance d'une dissidence.

Les trois compagnies avaient, à l'approche de la wilaya V, un obstacle dangereux à traverser constitué par la région de Djebel Nador. Le lieutenant Mustapha réussit à faire passer ses djounoud en petits groupes sans encombre. La deuxième compagnie quant à elle, fut repérée par l'année française et n'eut d'autres ressources que de subir un accrochage dans le lieu dit Ennef. Cette compagnie essuya quelques pertes, parmi lesquelles le capitaine Abdelaziz, tombé au champ d’honneur. Une partie de cette compagnie réussit à passer l'obstacle et rejoignit celle du lieutenant Mustapha; le reste des hommes fut recueilli, en se repliant, par Bensaïdi.

Ce dernier n'étant pas chaud, dès le début pour se rendre en wilaya V, saisit l'occasion qu'offrait le malheureux revers essuyé par le capi­taine Abdelaziz et sa compagnie pour envoyer une correspondance au Colonel Si Chérif lui demandant de le dispenser de ce voyage dont le danger était évident.

A cette correspondance, le colonel Si Chérif répondit sévèrement, lui intimant l'ordre de poursuivre la mission, faute de quoi il prendrait les mesures qui s’imposent en cas de désobéissance. L'expression « condamnation à mort" aurait même été mentionnée.

Le colonel n'arrivait pas à admettre qu'un militaire de métier comme Bensaïdi puisse se laisser impressionner par un obstacle, quel qu’il fut, alors que l'enjeu était d'une importance capitale. Face à un tel rappel à l'ordre, Bensaï s’en fut convaincre les hommes de confiance de sa compagnie (dirigée par des cadres issus de son douar de Ouled Soltane) leur affirmant, lettre à l'appui, que les responsables de la wilaya VI venus pour la plupart de la wilaya III, étaient mal intentionnés et qu'ils voulaient leur mort. C’est ainsi qu'ensemble, ils résolurent d'entrer en dissidence et de procéder discrètement  et rapidement  à l'élimination physique de tous les membres de l'état-major de la wilaya VI.

Mort du Colonel Ali Mellah

Avant d’aller plus loin dans la relation des faits, il serait à propos de souligner que l'attitude adoptée par Bensaidi, apparemment née fâcheux concours de circonstances, intervenait, comme par hasard à un moment où la Wilaya VI était en passe de réunir toutes les conditions à même de lui permettre de sortir du stade embryonnaire et devenir plus opérationnelle.

Le colonel Si Chérif, qui arriva en ce temps-là à la régi Derrag, ex-Letourneau, n'était accompagné que de son secrétaire Moussa et d'un agent de liaison, un certain Mellal Ali. Ainsi, la tâche des dissidents allait s'en trouver facilitée. En effet, au crépuscule du 31 mars 1957, le colonel Si Chérif ainsi que deux compagnons allaient être les premières victimes d'une conspiration qui  s’avéra longue.

Aux habitants du douar Haidouria, dans le Djebel Chaour Saidi fera croire qu'il n'avait fait qu'exécuter des harkis. El Abdelkader, un responsable civil du douar, qui nous fit plus tard le récit de la tragédie, crut en la version présentée par Bensaïd, réunit la nuit suivante cinq personnes de sa tribu et ils procédèrent à l'inhumation des victimes dans un endroit retiré, le lit d'un oued, de peur que l'armée française ne découvrit leurs tombes et ne fasse payer cher à la population les trois exécutions.

Le 2 ou le 3 avril 1957, qui correspondait au deuxième troisième jour du mois de Ramadhan (le peremier jour du Ramadha était le 1er avril), Bensaïdi arriva au douar Ouled-Hellal avec ses hommes dispersés. Ce qui est toujours le cas à la suite d'une action: les hommes d'une unité se repliaient dispersés après avoir convenu d'un point de ralliement pour rendre difficile une éventuelle poursuite. Bensaïdi avait, pour la forme, tendu en chemin une embuscade, sur la route Trolard-Taza (Bordj Emir Ahdelkader) à un petit convoi français.

En attendant les hommes de sa compagnie qui continuaient à arriver individuellement ou par petits groupes, Bensaïdi nous relata les faits de l'embuscade. Vers la fin de l’après-midi, un djoundi fit irruption dans la pièce où nous étions et tendit une lettre à Bensaïdi. Celui-ci l'ouvrit et la lut puis la tendit au capitaine Rouget. Ils étaient tous deux convoqués au PC de la Wilaya où, selon la lettre, le colonel Si chérif les attendait dans la soirée.

La dissidence en action

La convocation au PC n'était, en fait, qu'un simulacre mis au point par Bensaïdi pour attirer le capitaine Rouget loin de sa section de protection. Celui-ci, très méfiant de nature et soupçonneux au point qu'il tenait, toujours et en toutes circonstances, son pistolet à la main (balle engagée au canon), ne réagit même pas ce jour-là au fait que le messager ait remis la convocation au lieutenant Bensaïdi. Qui aurait pu s'attarder à de pareils détails et supposer un instant que quelque chose se tramait derrière cette mise en scène parfaitement orchestrée?

Après la rupture du jeûne, les deux hommes enfourchèrent deux chevaux et partirent en direction du PC. Ils connaissaient tous deux le chemin et n'avaient, de ce fait, pas besoin de guide. Au lieu-dit Kermat Chiha, à mi-chemin, les hommes de Bensaïdi qui étaient embusqués ouvrirent le feu à l'approche des deux cavaliers. Le capitaine fut tué sur le coup, le lieutenant Bensaïdi s'en tira avec une balle au bras droit.

A son arrivée au PC, Bensaïdi fera croire qu'ils étaient tombés dans une embuscade tendue par les Français. Toutefois, sa besogne ne semblait pas achevée; pressé qu'il était d'en finir, il refusa les soins que voulait lui prodiguer le docteur Salim Khodjat El Djeld. Il préférait repartir aussitôt.

Les frères au PC, en l'occurrence Mégateli et le docteur Salim crurent Bensaïdi; ils  n'avaient pas de raison de douter du récit. C’est en zone une (Sour El Ghozlane) que Bensaïdi et ses hommes allaient réaliser le plus gros de la tâche qu'ils s’étaient assignée. Ils devaient faire très vite pour prévenir toute réaction.

En zone une, après avoir 1iquidé le commandant Abderrahmane Djouadi et quelques cadres de le zone, Bensaïdi passa aux simples djounoud. En moins d'un mois, il fit exécuter près de trois cents moudjahid et se proclama colonel, commandant la wilaya VI.

Il convient de souligner que la majeure partie des djounoud de sa compagnie ignorait tout du déroulement de cette entreprise, tant le secret était bien gardé.

Le fait d'être connu sous le nom, lui aussi de « Si chérif » lui rendit la tache facile pour la substitution puisque c’était le pseudonyme que portait le colonel défunt. Un colonel Si Chérif était donc toujours en place: nombreux étaient alors ceux qui ne faisaient pas la différence.

Bensaïdi s'était surtout attaqué aux moudjahidine originaires de la wilaya III. Ensuite, il propagea une rumeur selon laquelle les wilaya III et IV étaient entrées en affrontement armé. A l'époque, il était difficile de s'assurer à temps de la véracité de ces rumeurs, à tel point que, du fait de l’intox, la population et même des djounoud se trouvèrent alors totalement désemparés.

Premières réactions face à la dissidence

Ce n'est que par un civil, Abderrezak Boukhari, que je pus avoir vent de ces rumeurs. C'était pendant les dix premiers jours du mois d'avril. Je me précipitai au PC de la wilaya VI qui se trouvait à trois ou quatre heures de marche. Abderrahmane Megateli, alors secrétaire de la wilaya, n'était pas encore au courant de la situation; jusque-là tout semblait se dérouler pour lui normalement à l'exception du fait que le colonel Si Chérif (Mellah Ali) n'avait pas donné signe de vie depuis près de dix jours, ce qui n'était pas dans ses habitudes; il avait pour principe d'envoyer au PC un messager au moins tous les trois ou quatre jours.

A partir de là, tous les événements passés prirent une signification autre: la mort du capitaine Rouget, la blessure de Bensaïdi et sa hâte de quitter le PC, les bribes d'informations qui circulaient, permirent de faire le recoupement. L'évidence d'un complot devenait alors plus claire.

Ayant passé au crible la situation et fait le bilan des moyens dont nous disposions, nous convînmes, Megateli et moi, d'un petit plan d’action: lui devait se rendre au PC de la Wilaya IV situé à environ deux jours de marche de là afin de les informer et demander leur assistance, tandis que moi, je retournais en zone Il pour essayer de limiter les dégâts.

Je disposais de très peu de moyens pour faire face à la situation. Je devais me contenter de quelques cadres et, éventuellement, de la section de protection du capitaine Rouget qui était restée sur place attendant le retour de celui-ci. Comme ce dernier avait tardé à donner rie de vie, Si Rezki, le chef de section, ayant flairé peut-être le coup fourré, commença à donner des signes d'inquiétude et manifesta le désir d'aller à sa recherche. Il était sous les ordres directs du capitaine et n’avait, de ce fait, pas de comptes à me rendre: par respect, il vint quand même demander ma permission. Ne pouvant pas la lui refuser, je le fis patienter. Nous avions grand besoin de l'appui que pouvait nous apporter sa section. En outre, partir ainsi équivalait à se jeter dans la gueule du loup. Cependant, la nuit tombée, il réussit à tromper ma vigilance et à s'en aller avec sa section. Depuis, je n'eus plus de ses nouvelles.

Je me suis reproché par la suite de ne l'avoir pas mis au courant de la réalité; après réflexion, et le connaissant assez bien, j'en suis arrivé à la conclusion que, bien qu'étant un brave garçon et bon baroudeur, il n’avait pas les moyens d'appréhender la situation, d'en saisir les proportions et de réagir rationnellement. Il serait quand même parti. Il était un homme à impulsions irraisonnées et imprévisibles.

Il ne me restait donc que quelques cadres. La Wilaya 4 mit plus d’un mois pour intervenir. Pendant ce temps qui nous parut interminable, nous eûmes l'impression d'être sur un bateau sans gouvernail, en pleine tempête. Il fallait improviser.

Comme j'avais sous la main Si Ahmed, l'agent de liaison avec Alger, je pris la décision de préparer un rapport circonstancié de la situation et de le faire parvenir au CCE. J'étais loin de me douter que la situation à Alger n'était guère plus brillante et que le CCE avait quitté la capitale.

Ce que je ne pouvais pas non plus prévoir, c'était que l'agent de liaison en question avait été acquis à la cause de Bensaïdi. Si Ahmed, l'agent de liaison, prit la lettre et la déchira en cours de route. Le plus extraordinaire, ce fut que deux ou trois jours plus tard, au cours d’un déplacement, ayant décidé de m'arrêter pour prendre un peu de repos, je m'assis sur un rocher au pied duquel mon attention fut attiré par des bouts de papier. J'en pris quelques- uns par curiosité; grande fut ma surprise de constater qu'il s'agissait de ma lettre que je croyais arrivée à bon port.

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, j'avais, heureux hasard, fait halte au même endroit qu'avait choisi avant moi mon messager (...)

L'intervention de la Wilaya 4

En mai 1957, la wilaya IV finit par intervenir en zone I. Le Colonel M'hamed Bougara, Chef de la dite Wilaya, assisté par le commandant Lakhdar et le capitaine Azzedine, à la tête du commando "Ali kKodja" accula Bensaïdi à accepter la confrontation en présence de nombreux chefs de tribus et notables de la région. Bensaïdi nia alors avoir été l'auteur de l'assassinat du colonel Si Chérif. Il reconnut cependant avoir ordonné l'exécution de quelques responsables de la wilaya VI justifiant ses actes par l'énumération de certains faits qui, d'ailleurs, étaient exacts.

Le colonel Bougara qui n'avait pas encore une idée de l'ampleur de la liste des victimes et préoccupé en premier chef par la récupération de la zone une et des populations de la région qui avaient été induites en erreur par Bensaïdi, essaya de mettre celui-ci en confiance. Bensaïdi, voyant que la situation lui échappait des mains et n'étant pas tou à fait rassuré, mit à profit une pause, entre deux séances de la réunion, pour fuir avec ses hommes de confiance. Il s'en fut rejoindre l’armée française plus tard et fut confirmé dans son grade usurpé de colonel. Placé à la tête des harkis, il servit l'armée française avec zèle jusqu'à l'indépendance. Il aurait même été promu au grade général, lorsque les Français voulurent, au cessez-le-feu en 1962, rééditer l'hypothèse de la "troisiême forc ».

Bensaïdi allait ainsi, après avoir agi de la sorte, nous facilitait la tâche. Cela était d'autant plus soulageant que sa réhabilitation aurait posé de sérieux problèmes vu le nombre de ses victimes. Le juger et le condamner aurait été assimilé à un acte de vengeance de ceux aux yeux desquels il passait pour être un redresseur parmi ses proches. En rejoignant l'armée française, il se dénonça lui-même et fut condamné à l'unanimité.

Pour illustrer la situation qui avait prévalu avant que les événements ne prennent cette tournure, il convient de brosser un tableau de la wilaya VI à ses débuts qui n'étaient guère brillants.

Le peu de cadres dont disposait le colonel Si Chérif fit que ce dernier recourut aux deux wilayas voisines en quête d'éléments pour étoffer ses effectifs. Beaucoup de cadres et de djounoud des wilayas III et IV en wilaya VI l'étaient par punition, ce qui faisait de cette wilaya une sorte de région disciplinaire vers laquelle étaient envoyées toutes les têtes brûlées. Le colonel Si Chérif acceptait les arrivés, leur accordant ainsi une chance de se racheter. Toujours est-il que nombre d'entre eux demeurèrent ancrés dans leurs défauts. Il y eut même certains responsables qui, comprenant mal leur mission de révolutionnaires, se comportèrent comme en terre conquise, d'une population fortement attachée aux principes de l'Islam, à cheval sur les traditions et la morale.

Deux ou trois responsables eurent un comportement féodal et s’embourbèrent dans des problèmes de moeurs, d’exécutions et de punitions arbitraires, créant ainsi une sorte de malaise. Le colonel fit, peut-être, preuve de manque de fermeté, non pas par faiblesse mais du fait qu'il attendait d'avoir suffisamment d'éléments de remplacement et de réunir un certain nombre de conditions pour rétablir la situation et prendre les mesures qui s'imposaient. Pour ce faire, il semblait compter beaucoup sur l'éventuelle récupération des maquis de l'Atlas Saharien qui jusque-là échappaient à son contrôle.

(…) L'acte de Bensaïdi, bien que répréhensible, aurait eu des circon­stances atténuantes s'il s'en était pris uniquement aux responsables du malaise. Toutefois, Bensaïdi semble avoir exploité une situation pour justifier son acte et aboutir à ses fins. Parce que deux ou trois per­sonnes responsables du malaise étaient originaires de la wilaya III, il mit tout le monde dans le même sac n'épargnant ni le colonel dont l'inté­grité était notoire, ni le simple djoundi qui n'avait non plus rien à se re­procher.

Quoiqu'il en soit et quelle que fût la situation, Bensaïdi n'avait pas le droit de se dresser en justicier et encore moins de donner la mort à près de trois cents personnes. Cela ne pouvait être qu'un traître coup porté à la wilaya VI et par conséquent à la Révolution. Le caractère régionaliste que Bensaïdi donna à sa machination était de nature à porter atteinte à la cohésion de l'ALN et à l'unité du Peuple Algérien.

Portrait du dissident Bensaïdi

Bensaïdi était originaire de Ouled Soltane, commune de Souagui, à mi-chemin entre Ksar El-Boukhari et Sour El-Ghouzelane. Engagé dans l'armée française depuis 1948, il participa à la guerre d'Indochine. En 1956, il vint passer auprès de sa famille une permission de détente. Etant sous-officier, il ne manqua pas d'attirer l'attention de Si Chérif qui était alors à la tête de quelques formations ALN qui avaient investi la région; l'ALN ayant toujours cherché à récupérer les Algériens justifiant d'une formation militaire, trouva en Bensaïdi le profil souhaitable. Il fut donc recruté et placé à la tête d'un groupe de moussebels (suppléants), dans un premier stade, ensuite enrôlé dans les rangs de l'ALN. Il ne mit pas longtemps à gravir les échelons et devint lieutenant militaire placé à la tête d'une compagnie faisant office de commando. Un commando était de surcroît une école militaire ambulante, formant des cadres appelés à coiffer d'autres unités régionales.

Sans haine ni passion , Editions Dahlab

 

Chaïd raconte l'affaire Bensaïdi